Huda Seif – Projet de recherche

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PROJETS DE RECHERCHE DES  CHERCHEURS ASSOCIÉS

Huda Seif – Projet de recherche | Projets de recherche

LA VIOLENCE ETHNIQUE COMME SYSTÈME DE CASTE: UN CAS DE TRADITION CRUELLE

Dans cette étude nous traiterons un cas de pratiques sociales extrémistes de cruauté et d’exclusion socio-économique violente envers « Al-Akhdam », un groupe social minoritaire de la République du Yémen. Nous nous proposons d’explorer, en nous basant sur les droits de l'Homme, le rapport entre la culture et la violence. Nous soutenons que la cause principale de cette violence qui est systématique, structurelle, et enracinée depuis longtemps contre « Al-Akhdam » est de nature ethnique, et qu'elle parvient à légitimer ses moyens d’expression culturels à travers les pratiques de castes que sont la condamnation sociale et économique, et l'exclusion.

Huda Seif – Interview

Décrivez les défis que vous avez rencontrés au cours de vos recherches.

L’un des aspects les plus difficiles de mes recherches à l'Université d’Emory, a été de re-conceptualiser mes idées sur le militantisme, d’une perspective théorique à une approche plus pratique. Mon plus grand défi a été de créer une méthodologie concrète pour le militantisme. Autrement dit, la transformation d’une approche théorique des violations collectives des droits de l'Homme en un projet de militantisme concret et tangible fut un défi majeur. J’ai également dû faire face à une autre complication : la difficulté de voyager  au Yémen après les événements du onze septembre (2001).

Quel est le statut actuel de vos recherches?

Mes recherches ici, à l'Université d’Emory, sont terminées. Toutefois, mon projet d’étude implique un processus continu de lutte pour les droits du groupe minoritaire Al-Akhdam, au Yémen. Mon projet est un engagement à long terme, qui a pour but de trouver des moyens de faire valoir ces droits à travers des réformes gouvernementales. En revanche, la république du Yémen n’est toujours pas convaincue que les droits basiques humains d'Al-Akhdam sont violés.

Quels sont vos projets futurs concernant cette étude ou votre travail dans le domaine des droits de l'Homme ?

J’ai l’intention d'établir une ONG, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, du Yémen, en fonction de ce qui sera possible. Un tel projet est indispensable, car il n'y actuellement aucune ONG yéménite ou internationale qui s'occupe des droits de ce groupe.

Au cours de vos recherches, comment vos idées ou votre modèle d'étude ont-ils évolué ?

Mon approche envers le militantisme pour les droits d'Al-Akhdam a changé. Comme je le précise dans mon rapport final, je considérais les droits d'Al-Akhdam, au début, comme des droits collectifs et non comme les droits d’êtres humains individuels. Mes recherches m'ont montré que la situation désespérée de ce groupe est une question de punition collective, et en tant que telle, nécessite une approche qui aboutirait à un affranchissement collectif.

Comment votre modèle conceptuel et vos recherches sur le terrain pourraient-ils être mis en œuvre et reçus dans des communautés et des contextes divers, ainsi que dans votre pays natal ?

Etant donné l'ampleur de mes intérêts concernant l’étude des violations collectives des droits humains des groupes minoritaires au Yémen, j'ai dû faire appel de temps en temps à l'aide d’assistants de recherche. Toutefois, mes deux derniers assistants m’ont été indispensables en raison de mon incapacité à aller au Yémen, et  parce que j'avais besoin de comprendre et d’effectuer des recherches sur deux questions spécifiques qui se rapportent aux perceptions de l'« identité collective » dans des groupes sociaux marginalisés de deux régions différentes du Yémen. J’avais également besoin de savoir où en était le développement des ONG locales, et s'il y avait déjà des organisations au niveau local qui faisaient le même travail que moi (ou que celui auquel je m’intéresse)  pour protéger les droits d'Al-Akhdam au Yémen. Deux assistants de recherche, l'un à Sana'a et l'autre à ‘Aden m'ont aidé à répondre à ces questions.

Huda Seif – Description de la recherche

Mon projet traite un cas de pratiques sociales extrémistes de cruauté et d’exclusion socio-économique violente envers « Al-Akhdam », un groupe social minoritaire de la République du Yémen. Nous nous proposons d’explorer, en nous basant sur les droits de l'Homme, le rapport entre la culture et la violence. Nous soutenons que la cause principale de cette violence qui est systématique, structurelle, et enracinée depuis longtemps contre « Al-Akhdam » est de nature ethnique, et qu'elle parvient à légitimer ses moyens d’expression culturels à travers les pratiques de castes que sont la condamnation sociale et économique, et l'exclusion. Ceci s’explique par le fait que la violence et la différence ethniques ne sont, en pratique, pas défendables au sein des principes islamiques d’égalité sociale, lesquels châtient la différence sociale à l’intérieur des communautés musulmanes en se basant sur la différence ethnique. Mes recherches ont pour but de dévoiler certains aspects de cette violence structurelle et de ses bases ethno-historiques, en analysant l'histoire et les facettes anthropologiques des régimes modernes des états du Yémen. Mon projet de recherche vise à analyser la façon dont les discours des droits de l'Homme, et leur concentration sur les droits des individus, deviennent insuffisants dès que l’on cherche à comprendre les cas de violations collectives des droits de l’Homme, tels qu'on en voit au Yémen.

Puisqu’il est inutile de défendre les droits des minorités en passant par les discours internationaux qui mettent en avant les droits individuels de l’Homme dans les états souverains où les droits des sujets ne sont pas protégés, mon projet de recherche milite pour la reconnaissance de la violence subie par « Al-Akhdam » au Yémen, comme un cas de violence structurelle et ethnique qui viole les lois, déclarations et conventions internationales, lesquelles obligent les états à protéger les groupes minoritaires qui vivent sous leurs juridictions, ainsi qu'elle viole les principes islamiques de tolérance et d'égalité. Je soutiens que sous sa juridiction au niveau national, l'état du Yémen ne fait pas respecter les lois internationales pour la protection de ce groupe minoritaire vulnérable. Et il perpétue contre « Al-Akhdam » une ancienne condamnation semblable à celles des sociétés de castes, en employant, de façon continue et exclusive, par l’intermédiaire des autorités municipales, les membres de cette minorité (uniquement) comme « travailleurs sanitaires », à des postes de transport de déchets.

Mon projet actuel de militantisme pour les droits de l'Homme fait suite à plusieurs années de recherche ethnographique au Yémen. Ce projet est une extension pratique du sujet de ma thèse doctorale en anthropologie, qui traitait aussi de la catégorisation et de la domination sociales au Yémen. Mon projet actuel de recherche sur les droits de l'Homme est plutôt un projet militant basé sur un niveau certain de connaissances, combinant une analyse théorique de la domination sociale, des inégalités, et de la marginalisation, avec un intérêt particulier pour la violation des droits humains collectifs dans une société musulmane. Dans ce contexte, je me pose les questions suivantes: Quelles sont les origines de cette violence ? L’efficacité d’un projet de défense des droits d'Al-Akhdam au Yémen sera-t-elle mieux servie en considérant les violations comme violation des droits individuels de l’Homme, ou comme violation des droits collectifs d'un groupe social minoritaire ? Quelle serait la valeur intrinsèque de chercher des droits collectifs pour ce groupe social minoritaire ? Mon but est d'établir un projet militant qui cherche à réinstituer les droits collectifs de ce groupe minoritaire, et de donner des explications théoriques et juridiques rationnelles pour soutenir ce choix. J'espère qu’à la lecture de mon travail, le lecteur prendra conscience de la situation et développera un regard critique vis-à-vis d’elle, de façon à  susciter des réponses académiques et humanitaires aux niveaux local, régional et mondial pour réagir à ce cas cruel et injuste de violence sociale contre « Al-Akhdam ».