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« L’Islam et les droits de l’homme »
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Codou Bop – Projet de recherche | Projets de recherche

L’ISLAM ET LES DROITS DE LA FEMME EN MATIÈRE DE SANTÉ SEXUELLE ET REPRODUCTIVE DANS LE CONTEXTE SÉNÉGALAIS ACTUEL

Les objectifs de ce projet sont d’étudier la pertinence, pour l’ensemble des femmes africaines, des principes de droits individuels, d’auto-détermination, d’intégrité du corps et de possession du corps, qui sont si importants dans la perspective féministe, dans une société où les clans et les familles ont la priorité sur les individus, et où les femmes ne sont pas seulement privées du pouvoir, des décisions, et de l’accès aux ressources matérielles, mais ont aussi internalisé leur soumission et socialisent leurs filles en tant qu’êtres inférieurs. Un objectif second vise à réfléchir sur les notions suivantes : l’Islam comme obstacle aux droits des femmes en matière de reproduction et de sexualité, ou bien comme garant de l’influence des partisans des droits de la Femme, encourageant le pouvoir de décision des femmes, particulièrement dans le domaine de la reproduction et de la sexualité.

Codou Bop—Interview

Décrivez les défis que vous avez rencontrés au cours de vos recherches.

Mon défi principal est lié au fait que mon sujet de recherche, qui porte sur les droits en matière de sexualité, soit un sujet sensible.  La sexualité est un sujet tabou, si bien que certaines personnes interrogées—en particulier les adolescentes—ont été intimidées et n’ont pas voulu parler de leurs expériences.  J’ai communiqué avec les participants de mon sondage dans les idiomes locaux, et il est difficile de conceptualiser les droits (tels que les droits à l’intégrité du corps) dans les langues locales et d’obtenir des réponses bien détaillées.  

Quel est le statut actuel de vos recherches?  

Je mène mon projet de recherche en collaboration avec des collègues activistes de la même ONG que celle pour laquelle je travaille.  On a déjà effectué les groupes de discussion et les interviews en profondeur.  En ce moment, je suis en train d’écrire mon rapport.

Quels sont vos projets futurs concernant cette étude ou votre travail dans le domaine des droits de l'Homme ?

Je fais déjà de l’activisme pour les droits de la Femme au Sénégal.  Je continuerai avec les mêmes activités.  Si l’occasion se présente de continuer mes études universitaires dans le domaine des droits de l’Homme, je le ferai très certainement.  J’aimerais améliorer ma connaissance théorique du sujet et devenir experte africaine dans de domaine.


Codou Bop - Description de la recherche

Selon les données de WHO, 150.000 femmes meurent chaque année en Afrique à cause de maladies liées aux complications de la grossesse.  Rien qu’au Sénégal, 510 femmes meurent chaque année pour les mêmes raisons.  Certes, la pauvreté, le manque d’accès aux services obstétriques d’urgence et à un personnel qualifié, l’éloignement des hôpitaux, et la politique d’ajustements structurels jouent un rôle central et contribuent grandement à ce taux de mortalité élevé. Mais il y a d’autres facteurs d’une importance égale, qui sont : la discrimination sexuelle, la violence, le fait que l’état ne fasse pas appliquer les droits concernant la sexualité et la reproduction des femmes, ainsi que l’ignorance des femmes vis-à-vis de leurs propres droits.  Dans les plans d’action de la Conférence internationale sur la population et le développement au Caire en 1994 ainsi que la quatrième Conférence mondiale sur la femme à Beijing en 1995 [International Conference on Population and Development ; 4th World Conference on Women], on reconnaît enfin à la femme ces quatre droits de base :  

            1.  le droit d’atteindre le standard le plus haut en matière de santé sexuelle et reproductive

            2.  le droit de prendre des décisions en ce qui concerne la reproduction sans souci de coercition, de discrimination, ni de violence

            3.  le droit de décider librement du nombre d’enfants et de l’espacement des naissances, ainsi que le droit d’avoir accès aux renseignements et aux moyens de le faire

            4.  le droit d’avoir des relations sexuelles satisfaisantes et sans danger

L’application de ces droits crée des tensions, en ce qu’ils concernent des droits individuels dans un contexte où la sexualité et la reproduction ont d’importantes dimensions sociales qui touchent les partenaires, les familles, les clans et la communauté des femmes. Ces droits touchent en outre des personnes (les femmes) auxquelles la société n’accorde aucun pouvoir de décision en ce qui concerne la reproduction et la sexualité.  Dans un tel contexte, les principes d’autodétermination de la femme, d’autonomie, d’intégrité du corps, et de possession de son propre corps peuvent paraître totalement hors de propos — et ce, bien qu’ils soient les principes essentiels des droits de la femme en matière de santé sexuelle et reproductive, comme le soulignait l’un des plans d’action mentionnés ci-dessus.

Jusqu’à présent, la majorité des femmes sénégalaises doit se marier trop tôt et/ou est confrontée à des mariages forcés, et de ce fait à des grossesses prématurées sous la pression des maris ou de la belle-famille. Un grand nombre de femmes sénégalaises continue de subir une mutilation des organes génitaux et d’autres formes de violence.  Depuis des années, des intellectuels hommes et femmes protestent contre ces pratiques, mais en arguant notamment qu’ils sont dangereux à la santé des femmes.  Ce n’est que très récemment que, grâce aux efforts des activistes féministes, ces pratiques ont commencé à être considérées comme de vraies violations des droits humains de la femme.

Au Sénégal, l’Islam, qui est la religion principale, joue un rôle central dans la société.  Comme dans beaucoup d’autres pays musulmans, les groupes islamistes se forment et essaient d’influencer la société et ses institutions.  Et comme c’est le cas pour tout groupe religieux fondamentaliste, les femmes et leurs droits sont parmi les cibles principales de leurs actions. 


L’état sénégalais a reconnu les droits sexuels et reproductifs de la femme comme des droits sociaux.  Cette reconnaissance reste cependant formelle, en raison de nombreuses clauses du droit familial qui discriminent la femme.  Par ailleurs, le programme national pour la santé dans le domaine de la reproduction insiste sur les interventions propres à réduire le taux de mortalité féminine et infantile, et ne traite presque pas les droits sexuels et reproductifs.

En somme, la question des droits sexuels et reproductifs de la femme se rapporte à trois problèmes importants :

·        La lenteur de l’état à appliquer les droits sexuels et reproductifs de la femme

·        Une opposition religieuse et conservatrice traditionaliste de la part de ceux qui considérent que, d’une part, les hommes et les femmes ont des rôles différents et ne peuvent donc pas être égaux, et d’autre part, le choix individuel qui est au cœur des droits sexuels et reproductifs de la femmes et de l’égalité sexuelle est un principe occidental, donc contraire à la culture sénégalaise et/ou aux valeurs islamiques.

·        Un mouvement de défense des droits des femmes qui s’intéresse plus aux droits économiques qu’aux droits sexuels et reproductifs

Dans ce cadre, mon étude a pour objectifs généraux de contribuer à favoriser la prise de conscience des droits sexuels et reproductifs de la femme au Sénégal, et contribuer à l’application de ces droits.  Le premier objectif spécifique est de comprendre les opinions et attitudes des femmes sénégalaises vis-à-vis des définitions modernes de droits et de santé dans le domaine de la sexualité et de la reproduction, telles qu’elles sont posées par les plans d’action de l’ICPD et la Conférence de Beijing, en particulier les principes de droits individuels, d’autodétermination, d’intégrité du corps et de possession de son propre corps.

Le deuxième objectif spécifique sera d’étudier la construction religieuse des relations entre les sexes à travers le discours des leaders islamiques, et de chercher à découvrir si l’Islam est un obstacle aux droits sexuels et reproductifs des femmes ou non.  Si l’Islam n’est pas un obstacle, comment pourrait-il offrir aux défenseurs des droits de la femme les moyens de promouvoir le pouvoir de décision des femmes, en particulier dans le domaine de la reproduction et de la sexualité ?


La première section de mon article soulignera le contexte légal et socio-économique de la santé sexuelle et reproductive des femmes au Sénégal.  La deuxième section présentera la position des femmes, des leaders religieux, et des informateurs clés de la communauté.  Cette analyse fera appel à des interviews approfondies, à des groupes de discussion, et à l’analyse du contenu des programmes radio et télévisés qui sont diffusés par les fondamentalistes islamiques, au sujet des droits de la femme et surtout ceux de la santé sexuelle et reproductive.  Dans la troisième et dernière section, nous évaluerons ces points de vue en fonction des standards établis par les droits de l’Homme, et nous proposerons enfin des recommandations.


Codou Bop – Développement / Recherche / Se faire des contacts

Développement

Mon projet initial était plus centré sur les questions religieuses, que sur les stratégies à employer pour aborder, par le biais des droits de l’Homme, les questions liées aux droits sexuels et reproductifs des femmes.  Après avoir assisté aux cours du Dr. An Nai’m et du Dr. Davis sur les droits de l’Homme, mes connaissances sur les standards des droits de l’Homme se sont améliorées, ainsi que ma capacité à aborder les questions qui font référence aux principes d’universalité, d’indivisibilité et d’individualité des droits de l’Homme.  Les cours, les discussions et les débats avec le Dr. An Nai’m m’ont aussi aidée à percevoir, et à me concentrer sur les tensions entre la politique et les programmes de l’état d’une part, puis les perceptions et les attitudes du peuple envers les droits de la femme d’autre part.  De telles discussions m’ont également aidée à mettre en question certaines perceptions et attitudes anciennes basées sur mes propres expériences en tant qu’activiste au Sénégal.

J’ai suivi les cours suivants en tant qu’auditeur libre, ce qui a élargi ma vision du féminisme et m’a donné l’occasion de renforcer mes compétences dans les méthodes de recherche :

  • Global Black Feminism, Women's Studies Department, enseigné par le Dr Beverly Guy-Sheftal
  • Research Design, Department of History, enseigné par le Dr Edna Bay
  • Research Methods in Anthropology, enseigné par le Dr Donald

Grâce au programme, j’ai également pu accéder à des documents et publications de recherche spécialisés, auquels je n’aurais pas eu accès sans cela. 

Formation

En 1995, j’ai été formée dans le domaine de l’activisme par l’UNFPA.  J’ai également été formée pour l’organisation de campagnes pour la promotion des droits de la femme, par le Réseau de solidarité des femmes vivant sous les lois musulmanes [Solidarity Network on Women Living under Muslim Laws].  Le groupe de femmes dont je suis coordinatrice au Sénégal fait partie de ce réseau.  Les cours que j’ai suivis à l’Université d’Emory ont été très utiles pour mon travail d’activisme.

Se faire des contacts

Le but du groupe de femmes sénégalaises avec lequel je travaille, est de faire avancer les droits de la femme, de travailler pour donner plus de pouvoir aux femmes, et de soutenir les femmes dont les droits sont menacés pour des raisons religieuses.  Nous sommes donc en contact avec de nombreux groupes, tant au niveau local, qu’au niveau régional et international.  Au niveau continental, nous travaillons avec l’Association des femmes africaines pour la recherche et le développement [Association of African Women for Research and Development].  Au niveau international, nous travaillons avec l’Association des droits de la femme pour le développement, avec le Centre pour les lois et la politique reproductives, et avec le réseau international de solidarité pour les femmes vivant sous les lois musulmanes [Association of Women’s Rights in Development ; Center for Reproductive Laws and Policy ; International Solidarity  Network for Women Living under Muslim Laws].

J’ai l’intention d’organiser une conférence internationale au sujet du SIDA/VIH et des femmes africaines, ainsi que sur les femmes de la diaspora.  La question des droits de la femme—en tant que personnes qui vivent avec le virus ou personnes qui doivent s’occuper de victimes—ainsi que la question du pouvoir seront des sujets importants à cette conférence.