Le programme

Home
Description du Programme
« L’Islam et les droits de l’homme »
Les chercheurs du programme
Articles
Bibliographie
Profil des chercheurs
Ressources pour la recherche en faveur du changement social
Version anglaise

Le programme

Vue d’ensemble

Le programme de recherche intitulé «L’Islam et les droits de l’Homme », lancé par l’Université d’Emory, est un projet de trois ans qui regroupe des chercheurs et des activistes afin d’explorer les rapports entre les droits de l’Homme et l’Islam.  Il existe, dans le monde musulman d’aujourd’hui, une tension profonde entre deux paradigmes qui se font concurrence : d’une part les droits universels de l’Homme, et d’autre part la loi et les traditions de l’Islam.  Le modèle des droits de l’Homme tel qu’il est exposé dans la Charte des Nations Unies et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, est largement perçu comme un effort de la part de l’Occident pour imposer ses propres valeurs au détriment des valeurs traditionnelles de l’Islam.  Le but du programme « L’Islam et les droits de l’Homme » est d’explorer de telles tensions et de les concilier autant que possible. Ainsi, le programme vise à aider les individus des sociétés musulmanes à promouvoir et protéger les droits de l’Homme, tout en conservant une perspective islamique.

L’Approche

Le programme a été conçu dans le but d’associer une recherche sérieuse et solide aux efforts pratiques de promotion des droits de l’Homme dans les sociétés islamiques, et de mettre l’une au service de l’autre. Nous sommes convaincus de ce que les fondements moraux et philosophiques des droits universels de l’Homme sont présents dans différentes religions et cultures, même si l’articulation actuelle de ce concept moderne provient des expériences constitutionnelles occidentales qui ont vu le jour dès la fin du 18e siècle. 

Au départ, ce sont les penseurs politiques et religieux d’Europe et d’Amérique qui ont mis en avant le concept moderne de droits de l’Homme, dans le cadre de leur lutte pour la protection de l’individu contre le pouvoir grandissant de l’état-nation. Maintenant que ce modèle européen d’état-nation s’est répandu partout dans le monde, les peuples non-occidentaux sont confrontés à un besoin de protection similaire contre les excès ou les abus de pouvoir perpétrés par l’état. Les défenseurs des droits de l’Homme ont essayé d’aborder cette question en créant des lois internationales qui engagent les droits constitutionnels occidentaux.  Mais dans la mesure où il n’existe aucun système fiable au niveau international pour s’assurer du respect des droits de l’Homme standards contre le gré des gouvernements nationaux, on continue d’être confronté à la question suivante : comment motiver les états-nations à ratifier et faire exécuter les traités concernant les droits de l’Homme à l’intérieur de leurs frontières respectives ?  La façon la plus efficace et la plus viable d’atteindre ce but, serait de générer une majorité d’électeurs locaux en faveur du respect des règlements.  Toutefois, pour qu’un tel groupe d’électeurs émerge et accomplisse sa mission, il est essentiel que le grand public considère les droits exposés dans de tels traités comme étant compatibles avec ses propres croyances et normes religieuses.  


Ceux qui désirent soutenir les électeurs dans le monde islamique sont confrontés à des problèmes particuliers quant à la légitimation de leur cause.  En effet, et c’est le cas de plusieurs autres religions majeures, certains éléments de la théologie traditionnelle islamique ne sont pas  facilement compatibles avec le principe-clé de non-discrimination élaboré dans les droits de l’Homme.  Les penseurs politiques de l’Islam ont hérité d’une idéologie fort développée ainsi que d’une vision claire du bien de la société, telle que l’exprime la Shari’a, et l’on considère communément que ces points de vue sont immuables et d’ordre divin. En outre, les pouvoirs occidentaux ont autrefois utilisé leurs propres concepts de droits de l’Homme pour justifier l’entreprise coloniale et la domination post-coloniale du monde islamique. Cette expérience a radicalement transformé la vie de beaucoup de sociétés islamiques, forçant les Musulmans à négocier leur rapport à la modernité selon les termes apparemment dictés par l’Occident.  C’est pourquoi l’on a souvent tendance à considérer le mouvement des droits de l’Homme comme une imposition des valeurs occidentales et comme un symbole de la prolongation de son hégémonie politique et culturelle. 


 Beaucoup de sociétés occidentales et non-occidentales peinent à déterminer comment le principe moderne des droits de l’Homme pourrait s’accorder avec leurs traditions religieuses indigènes, mais la tension entre religion et droits de l’Homme est plus particulièrement prononcée dans le monde islamique, à cause du rôle prépondérant de l’Islam dans la vie publique et privée, même dans les pays qui prétendent formellement être laïques. Pour cette raison, la recherche de stratégies capables de légitimer les droits de l’Homme aux yeux des Musulmans devient une tâche qui implique quelque 1,2 milliards de personnes, ce qui constitue la majorité de la population dans plus de cinquante pays d’Afrique et d’Asie, ainsi que des minorités considérables dans d’autres pays.

Le Réseau

C’est pour mettre en contact les chercheurs-boursiers du programme avec d’autres chercheurs et partisans des droits de l’Homme, que notre programme a créé ce site Web.  Ce site Web fournira un forum ouvert et accessible aux défenseurs des droits de l’Homme qui s’intéressent plus particulièrement à l’Islam, leur permettant de s’engager dans des dialogues suivis, de consulter et de publier provisoirement des manuscrits courts, et d’échanger des actualités ou des renseignements.  Ce site Web offre une variété de services, y compris : articles, bibliographies, profils et contacts d’organisations des droits de l’Homme (classées par pays), brefs profils de chercheurs venant du monde entier, et dont le travail est d’une grande importance dans le domaine de l’Islam et des droits de l’Homme, et enfin des liens vers d’autres ressources électroniques.

Notre programme publiera aussi un bulletin mensuel et des séries d’articles occasionnelles.  

Le Directeur et le Conseil d’administration

Abdullahi A. An-Na’im est professeur de droit, avec la distinction honorifique Charles Howard Candler, et il est aussi le Directeur du projet « La Religion et les Droits de l’Homme » à la faculté de droit de l’Université d’Emory.  Il est l’auteur de Toward an Islamic Reformation : Civil Liberties, Human Rights and International Law [Vers une réforme de l’Islam : libertés civiles, droits de l’Homme et droit international]. Il a aussi édité The Politics of Memory : Truth, Healing and Social Justice [La politique du souvenir : vérité, guérison, et justice sociale] (avec Ifi Amadiume), ainsi que  Human Rights in Cross Cultural Perspectives: Quest for Consensus [Les droits de l’Homme à travers des perspectives interculturelles : en quête du consensus]; Human Rights in Africa: Cross-Cultural Perspectives [Les droits de l’Homme en Afrique : perspectives interculturelles] (avec Francis Deng); The Cultural Dimensions of Human Rights in the Arab World [Les dimensions culturelles des droits de l’Homme dans le monde arabe] (en arabe); Universal Rights, Local Remedies: Legal Protection of Human Rights under the Constitutions of African Countries [Droits universels, remèdes locaux : la protection légale des droits de l’Homme dans la constitution des pays africains]; et Proselytization and Communal Self-Determination in Africa [Prosélytisme et autodétermination collective en Afrique].  Il a écrit plus de cinquante articles et chapitres sur les droits de l’Homme, le droit constitutionnel, et sur le droit et la politique islamiques. Il est aussi professeur en visite à l’Institut international des études de l’Islam (The International Institute for the Study of Islam) à l’Université de Leiden, aux Pays-Bas. 

Avant de venir à l’Université d’Emory en 1995, le Dr. An-Na’im était le directeur principal de la Surveillance des droits de l’Homme/Afrique [Human Rights Watch/Africa] à Washington D.C., et il était chercheur en résidence au bureau de la Fondation Ford [Ford Foundation] du Caire, pour la région du Moyen Orient et du Maghreb.  Il est membre du conseil de l’Institut du Caire pour l’étude des droits de l’Homme en Egypte [The Cairo Institue for Human Rights Studies in Egypt] ; membre du conseil du Réseau d’action de recherche et d’information pour l’intégrité corporelle de la femme [The Research Action & Information Network for Bodily Integrity of Women (RAINBO)] à Londres et à New York ; et membre du conseil de l’Institut des droits de l’Homme et du développement [The Institute for Human Rights and Development] en Gambie.  Il fait partie du Groupe arabe travaillant pour les droits de l’Homme [The Arab Working Group on Human Rights] et il travaille en collaboration étroite avec le Centre international pour la protection légale des droits de l’Homme [The International Center for the Legal Protection of Human Rights (Interights)] de Londres, le Centre d’études du Moyen Orient et de l’Islam [The Center for Middle East and Islamic Studies] à SAOS, l’Université de Londres [University of London], et le groupe Sœurs dans l’Islam [Sisters in Islam] en Malaisie. 

Le Conseil d’administration qui assiste le Dr. An-Na’im pour le programme de bourses de recherche, se compose actuellement de:

Salbiah Ahmad, avocate en Malaisie.  Elle est à l’initiative de la fondation du groupe Sœurs dans l’Islam [Sisters in Islam] (Malaisie) en 1987, époque à laquelle elle enseignait le droit à l’Université Internationale Islamique de Malaisie.  Elle a participé à l’encadrement du séminaire « L’Islam et l’état-nation moderne » [Islam and the Modern Nation State], ainsi qu’à la campagne en faveur de la loi Kelantan Hudud, et elle a également participé à la création de deux brochures concernant la violence contre les femmes et l’égalité. Elle n’est plus affiliée à Sisters in Islam depuis juillet 1997.  Elle a pris part à une campagne de dix années pour la promotion d’une loi contre la violence domestique, et elle fait actuellement campagne pour la promotion d’une loi contre le harcèlement sexuel en Malaisie.  Dans son travail au niveau régional pour les droits de la femme, elle collabore avec le Forum Asie-Pacifique sur les femmes, le droit, et le développement [The Asia Pacific Forum on Women, Law, and Devt. (APWLD)], et avec le réseau Femmes vivant sous les lois musulmanes [Women Living Under Muslim Laws (WLUML)].  Elle poursuit son travail sur les droits de l’Homme, les femmes, la religion et le droit en tant qu’avocate.      


Caassandra Balchin est la coordinatrice de Women Living Under Muslim Law, un réseau de groupes de femmes régionaux qui cherche à promouvoir les droits des femmes vivant dans les sociétés islamiques.  Balchin travaille au Pakistan et au Royaume-Uni.

Bahey Eldin Hasan est le directeur de l’Institut du Caire pour l’étude des droits de l’Homme [Cairo Institute for Human Rights Studies] en Egypte.


Ayesha Iman est la co-coordinatrice de la branche d’Afrique de l’ouest de Women Living Under Muslim Law, et elle fait de l’activisme pour les droits de la femme au Nigeria. 


Asifa Quraishi est une avocate américaine qui défend les droits de l’Homme, et elle est l’un des membres fondateurs de l’organisation internationale « Avocates musulmanes pour les droits de l’Homme » [Muslim Women Lawyers for Human Rights].

Les ressources disponibles à l’Université d’Emory

Tout bénéficiaire d’une bourse de recherche dans le programme « L’Islam et les droits de l’Homme » peut profiter d’une large gamme de ressources à l’Université d’Emory.  Le Programme de recherche « L’Islam et les droits de l’Homme » est né du projet « Le droit familial islamique » [Islamic Family Law], projet à l’initiative de l’Université d’Emory, et financé, lui aussi, par la Fondation Ford. Ces deux programmes, « L’Islam et les droits de l’Homme » et «Le droit familial islamique»,  font partie du programme « Droit et Religion » de l’Université d’Emory. Ce programme explore les dimensions religieuses de la loi et les dimensions légales de la religion, ainsi que l’interaction entre les idées et les méthodes judiciaires et religieuses.  Etabli en 1982, ce programme offre aux étudiants et aux professeurs des forums exceptionnels et des formes uniques d’études interdisciplinaires.  Grâce à une variété de cours et de forums spécialisés, de projets et de publications, de colloques et de conférences, ce programme cultive une compréhension holistique des professions légales et religieuses.  La perspective de ce programme est œcuménique et comparative, avec une insistance sur les traditions religieuses du Christianisme, du Judaïsme, et de l’Islam.  Le programme a parrainé plusieurs grandes conférences aux Etats-Unis et à l’étranger.    


Le Programme «  Droit et Religion » est également investi dans plusieurs projets de recherche de longue durée (plusieurs années), dont les thèmes coïncident souvent avec ceux du Programme de recherche « L’Islam et les droits de l’Homme ».  Le projet « La religion et les Droits de l’Homme » explore les dimensions et les origines religieuses des droits de l’Homme, notamment dans les cultures non occidentales.  La Fondation Ford a financé deux initiatives majeures ayant trait à ce projet :  (1) une étude détaillée de la transformation culturelle et des droits de l’Homme en Afrique (1996-2001), centrée sur les femmes et la terre en Afrique ; et (2) une étude détaillée du droit familial islamique, qui cherche à établir le rôle du droit famillial islamique dans la pratique ainsi que le rôle du texte légal officiel dans différentes communautés musulmanes, qu’elles soient majoritaires ou minoritaires.  Les résultats de ces deux études sont affichés sur leurs sites Web respectifs, www.law.emory.edu/WAL et www.law.emory.edu/IFL.  En 2002, le projet « La religion et les droits de l’homme » a publié un guide du droit islamique familial, qui s’intitule : Islamic Family Law in a Changing World: A Global Resource Book (London and New York: Zed Books) [Le droit islamique familial dans un monde changeant : guide de ressources global].

Le programme « Droit et Religion » s’inscrit dans l’optique plus vaste de l’Université d’Emory, qui voudrait encourager la recherche interdisciplinaire et les initiatives internationales dans le contexte des études classiques de lettres.  Il y a plusieurs autres programmes universitaires qui accompagnent le cursus traditionnel de l’université, en vue de regrouper les étudiants et les professeurs venant d’horizons et de disciplines divers.  Parmi ces programmes : le Centre de l’éthique et de la politique publique dans les professions libérales [The Center for Ethics and Public Policy in the Professions], l’Institut des lettres [the Institute for Liberal Arts], l’Institut Halle des connaissances générales [the Halle Institute for Global Learning], le Centre Aquinas de technologie [the Aquinas Center for Technology ], le centre des études sur la femme [Women's Studies], le centre des études sur la violence [Violence Studies], le centre des études sur les Noirs américains [African-American Studies], et des programmes d’études spécialisés par région : Asie, Afrique, Amérique latine, Moyen Orient, Russie et Europe de l’Est.  Un bon nombre de ces initiatives est désormais associé au programme de « Droit et Religion » dans le nouveau Centre des études interdisciplinaires de religion [Center for the Interdisciplinary Study of Religion] à Emory.